mercredi 1 août 2012

Carnet 1 - Une fleur sur un rocher

Une pensée pour le Webmaster de la Compagnie LAVIFIL.

Jeudi. La veille du Grand départ, j’ai vérifié une dernière fois la mécanique de Tigre Bleu, le contenu de ses deux estomacs : affaires de rechange, costume et accessoires de spectacle sont bel et bien digérées et rangées. Je suis paré.
Vendredi. A 5h, de bonne heure, je me lève et je me bouscule ; je claque la porte de Nancy, j’enfourche le Tigre et je prends… le train.

Je ne partirai pas à vélo depuis Nancy. Ce n’est pas par fainéantise que je fais le choix de décaler mon endroit de départ mais je tiens à éviter les sorties de la ville afin de me trouver sur une départementale plus agréable. J’ai eu surtout l’envie de ne pas revivre la platitude rurale de la Champagne, la campagne la plus ennuyeuse que je connaisse par ses champs à répétition, ses routes longues et sans arbres, ventilées. Monotones.

Vitry le François m’a semblé l’endroit stratégique facile d’accès par TER. Je repars pour une traversée en solo assis sur le fauve d’Asie, une diagonale d’Est en Ouest en France.

Carnet d’un cycliste
5 jours sans relâche ni déception :
Vendredi : Vitry le François /Brenne le château/Essoye /Autricourt : 110 km
Samedi : Autricourt/Montbard/Saulieu/Montsauche Les Settons, lac de Setton : 130 km
Dimanche : Lac de Setton/Château Chinon/Decize/Bourbon l’Archambault : 150 km
Lundi : Bourbon l’Arch./Cosne d’Alier/Commentry/Auzencier/Crocq : 145 km
Mardi: Crocq/Felletin/Gentioux Pigerolle/Eymoutiers/St Germain les Belles/Saint Yriex/Lanouaille (Angoisse : c’est le nom du village, « bonjour l’… ») : 140km

Un training, un pari, un challenge ? Ces mots de sportifs de « battant » m’ennuient radicalement et ne trouvent aucune résonance dans mes motivations. Du rêve, des idées, le plaisir des rencontres, de l’écriture, de l’aventure ? Voilà que je m’y retrouve davantage… même si je pédale comme un forcené poursuivi par des chiens enragés. Je roule pour ces valeurs-là. « On peut faire la même chose à pied ? Même chez soi sans bouger ! », peut-on me dire. Oui. Mais il me faut du mouvement quitte à me sentir éreinté, quitte à effrayer du Scout! Trois, deux, un: c'est re-parti.

Carnet d’un rêvaliste*
(*Néologisme du cycliste)
Récit pour les yeux d’une fleur sur un rocher
Ou Comment raconter à une fleur ce qu’un tigre bleu voit.

La problématique vous paraîtra doublement absurde… mais elle l’est entièrement. Et je compte bien raconter à cette fleur échouée sur un rocher coloré, ce nouveau périple.

Je suis certain d’une chose : la fleur possède deux yeux mais pour autant sait-elle lire ?
Rien de moins sûr. Des oreilles ? Les experts et les rêveurs se posent la question. Je me contenterai cette fois-ci d’un récit court égrainé de photos, de quelques mots et parfois de video. Je m'adresse à vous,
... Chère Fleur.

Que puis-je vous raconter ? La France propose des spectacles géographiques variés: entre la campagne intensive, la forêt jeune ou un peu vieille, la montagne et la mer... Vous ne sauriez où donner de la tête. Aucun pot de terre n'est assez grand pour contenir toute la diversité du pays en forme d'Hexagone.

Que vous dire encore? Tigre Bleu n’a pas perdu de sa vélocité : il avance, il coupe, il bondit, rebondit, il traverse les départements sans faillir à sa tâche. Il fonce alors je regarde pour lui. je photographie les différences régionales auxquelles la bête ne fait pas attention. Car ce qui le nourrit, ce sont les routes et les pistes. Moi, ce sont les paysages et les visages…

Première étape
Voici la Bourgogne. Et la famille Pelosato qui ouvre le bal de l’accueil des « véloman » dans mon genre: guitare et mollets chauffés, je bénéficie d'un temps clément, température idéale pour pédaler et se sécher en roulant. Le village d'Autricourt et ses maisons de pierres signifie la reprise du voyage : une soirée détendue et pour le lendemain, lavage rapide, séchage rapide. Voyez-vous, chère Fleur, l'aventure reprend ses droits. Et le plaisir reste moteur.
Seconde étape.
Voilà la Nièvre. Le climat vous donnerait envie de boire mais reste pour un cycliste, idéal. Je suis en quête d'un point d'eau pour passer la nuit débarrassé de ma transpiration. Le plan d'eau de Setton est à quelques kilomètres... Au loin, les nuages assombrissent l'horizon. Un Bivouac et le test de la tente monoplace. Sous la pluie et l’orage, une installation efficace. La tente est trempée à l’extérieur… et à l’intérieur : condensation obligée.
Troisième étape
L'Auvergne ou presque... Bourbon Archambault a été raccordé au pays des auvergnats, me déclare Lydie. C'est la rencontre inopinée  d'un « Clan » qui m’offre le toit et les quatre murs d’une maison en réfection. La tente encore humide sera dépliée, et séchera la nuit durant. Un grand merci pour l’hospitalité et l’ambiance. Une famille bien vivante, peuplée d'enfants, de hamsters et d'oiseau, une famille aux allures de joyeuse colonie de vacances. J’espère un jour les recroiser.

Quatrième étape
Le Limousin et son célèbre plateau des Mille vaches ; une seule m’aurait suffi : montées, descentes, montées, descentes… La géographie n’est pas sans rappeler celle du Vietnam - vous connaissez, chère Vous, le Viet Nam et ses montagnes? Qu'elles soient françaises ou vietnamiennes, les montées, les descentes ne m'effraient plus. Je les pressens, je les calcule, je ne les attaque plus: je les accepte sans appréhension. Je bénéficie des expériences asiatiques. Tenez, je prends même des précautions: je m’hydrate, je prends du sucre. Aucun malaise, je roule.

La photo ci-dessus : le bivouac s’impose au coucher du soleil, au bord d’un étang, juste avant Crocq. De la brume flottante, une lune presque pleine, une chouette hulule… une nuit fraîche et des courbatures au petit matin. A 5heure, de bonne heure, je me lève au quart de poil.

Cinquième étape
La Dordogne et sa douceur vous plairait davantage. Il fait bon vivre l'été. Le Périgord Vert et ses « relatives côtes » me donnent l’impression de légèreté, de facilité ; j’oublie l’effort et je me dirige sereinement vers Saint Yriex. Je pense qu'il serait intéressant pour vous de visiter cette partie, assise la tige en amazone sur mon porte-bagages.

Ce soir, je dormirai à Dussac, chez les parents de « Châtelain ». Je vous le présente en quelques mots: Philippe C. écrivait beaucoup, un rêveur de lutins, de fées, un comparse de randonnées. Un ami. Eternel.

La prochaine destination : Sarlat où je répéterai mon solo en vue des spectacles à Anglet.

Merci de votre patience, chère Fleur, et j'espère vous donner l'envie, un jour, de quitter votre rocher pour découvrir la France en diagonale, en large et en travers... à vélo évidemment.

Bonne semaine à tous et toutes, bonnes vacances peut-être? Au hasard des routes...

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